J’ai expérimenté pour vous : LA REDACTION D’UN LIVRE

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Un jour j’ai reçu un mail qui me proposait d’écrire un livre.

Comme au départ j’ai cru que c’était un spam, j’ai failli le supprimer. Malgré tout ma curiosité fit que j’ai regardé un peu plus en détail et quand j’ai vu que l’expéditeur était effectivement la maison d’édition chez qui j’achetais pas mal de mes livres je me suis ravisé et j’ai alors considéré plus sérieusement cette demande :
« Nous avons été commissionnés pour écrire un livre sur la BeagleBone Black autour du sujet des multimédias. Il s’agirait d’un guide pratique pour expliquer à nos lecteurs comment créer leur propre centre de media. Après avoir consulté vos posts et votre blog personnel, nous souhaiterions vous avoir comme auteur de ce livre « .

La BeagleBone Black est une carte qui tient dans la main qui permet d’utiliser des logiciels ou programmer toutes sortes de projets software/hardware comme on le ferait avec un PC mais bien moins chère. Elle est en plus totalement OpenSource et OpenHardware.

BeagleBone Black

Et pourquoi pas ? Après tout, depuis le temps que je lisais des livres techniques, cette expérience unique me tentait bien.

Mais on ne commence pas à écrire juste comme ça. Il faut savoir que rien ne peut commencer avant que l’auteur propose une structure générale du livre, ce qui ensuite implique des dates de rendu. Au début les sujets qui m’étaient proposé étaient :

  • Navigate and configure XBMC ;
  • Controlling and managing media center with TV or remote ;
  • Building individual media libraries with films, episodes, album descriptions and artwork ;
  • Configure other online media sources like hulu, netflix etc. and operate them seamlessly ;
  • Sharing content with multiple media centers across the web.

Cependant, ces demandes venaient des Etats Unis or, à l’époque Netflix et Hulu étaient encore indisponibles en France, donc impossible de coder avec quoi que ce soit là-dessus.

Mais le plus problématique s’est révélé être technique : installer un gestionnaire de vidéos nommé XBMC qui ne peut tourner comme décrit plus bas.
La plupart des chapitres qu’on me proposait reprenaient ceux présents dans les livres pour la RaspberryPI, même si ce concept de carte est original il reste néanmoins fermé (techniquement parlant : boot de Stage1 sur le GPU avec un code fermé, les choix du SOC Broadcom qui est un designer connu pour être restrictif et trop léger dans ses docs, closed Hardware car aucun schéma fournis: cf [http://raspberrypi.stackexchange.com/a/14879]) .

Le livre devait porter sur la BBB

Comme le livre devait porter sur la BBB je devais faire face à une impossibilité technique car malgré ses nombreuses qualités et performances, la BeagleBone Black n’embarque pas de processeur graphique (GPU) : cette limitation hardware implique que, malgré mes réticences et sous l’insistance de l’éditeur, j’ai tenté d’installer XBMC de toutes les manières possibles : Debian, Gentoo, Arch Linux et même sous Android mais rien n’y faisait : la carte prenait plusieurs secondes pour afficher un simple menu, alors pour voir un film… . Cette situation était difficile car j’étais au pied du mur car je ne pouvais pas décemment proposer cela. Il me fallait donc une alternative, oui mais quoi ?

Une organisation, une mission

Après plusieurs échanges, de discussions j’ai posé les chapitres du livre en retirant cette fois tout ce qui était lié à XBMC et enfin indiquer les temps prévus pour écrire chaque chapitre.

C’est comme ça que l’équipe de Packt a validé ma proposition et que j’ai alors pu signer un contrat d’auteur : YES !.. Comme Alice je passais alors de l’autre côté du livre : du lecteur à l’auteur.

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Ecrire c’est toujours parler de soi, même pour un livre technique. C’est pourquoi il m’a paru important d’aborder les sujets qui me tenaient à cœur comme le partage du savoir ainsi que mes expériences au travers de l’open source et l’open hardware.

Je ne voulais pas d’un autre de ces livres pour « comment installer xxx sur votre carte » que je trouve trop répandus et simplistes.
Mais pour être original, cela nécessite aussi d’aller chercher des idées novatrices et qui doivent être utiles tout en restant dans sur le sujet -la gestion de multimédia- qui m’était demandé. Pas simple…

C’est pour cela que le début du livre indique qu’il est important d’intégrer des projets open sources, leurs avantages face aux majors et leurs systèmes captifs comme itunes, spotify et consorts.

Faire face aux difficultés

Si je devais résumer les grandes difficultés que j’ai rencontrées, il m’a fallu :

  • Trouver les idées de projets que les lecteurs trouveront utiles à intégrer ;
  • Rester toujours clair ;
  • Donner des explications qui doivent être lisibles même en sautant rapidement entre les chapitres, comme indiqué dans l’accroche.

En plus de ça il me fallait répéter plusieurs fois chaque mise en pratique (installation, configuration, etc…) pour être certain qu’il n’y ait pas de blocage à une étape et que le lecteur puisse reproduire l’expérimentation dès la 1ère fois.

Les contraintes de l’écriture

On ne peut pas écrire comme on veut, j’ai découvert que le monde de l’édition implique que l’on suive des recommandations bien précises : c’est par exemple ne pas dire « je », suivre des formulations particulières, utiliser des fontes et des templates bien précis pour que l’imprimeur puisse les utiliser directement. Une rigueur d’écriture donc.
Ce qui est bien c’est d’avoir la disponibilité du board (équipe dédiée au livre) pour pouvoir réorienter ses choix en cours d’écriture car je voulais proposer des projets pratiques qui s’inscrivent dans l’esprit du livre et traitant des éléments suivants : multimédia, utilisant un système client-serveur et qui ne soit pas non plus trop complexes pour un débutant. C’est cette période de recherches et de réflexions qui fut la plus longue.

Le livre se termine donc par 2 chapitres qui me tenaient à cœur car ils se veulent différents : monter soi-même ses projets.

Pour le premier j’ai trouvé l’idée en parcourant la liste des capes – c’est à dire une sorte de magasin des accessoires que l’on peut ajouter- et d’utiliser un afficheur 7 pouces tactiles bourré de fonctions : le chipsee. En gros, vous montez votre propre tablette, enfin c’est tellement plus qu’une tablette parce que vous pouvez tellement plus avec : vidéo, son, réseau, jeux, domotique, alarme….

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On peut utiliser Linux, Windows ou même Android sur cette plateforme :

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Le fabricant Chinois a été super sympa, m’ayant même proposé de m’envoyer un écran gratuitement puisque je parlais de ses produits.
Pour le 2e projet, c’était plus difficile. Je voulais monter d’un cran : accentuer le côté programmation contrairement au chapitre d’avant qui est plus hardware.
Et puis un jour j’eus l’idée principale : de mettre en œuvre la Beaglebone avec un affichage à leds et qui devrait interagir avec la musique. Il me restait à trouver un projet sexy qui l’utiliserait.

Parmi les projets envisagés il y avait un projet super intéressant qui en gros permet d’afficher sur une matrice de leds la musique en cours : mais demandait un gros effort de développement qui pouvait rebuter plus d’un.

J’ai alors acheter l’Adafruit NeoMatrix : super et vraiment bluffant car permet l’affichage de toutes les couleurs (24bits par leds !). Là aussi, la créatrice du produit a été super sympa pour échanger. Mais après quelques essais, je me suis aperçu qu’il était risqué de l’utiliser : en effet en allumant les leds en blancs on peut monter à plus de 3.5 A !!!

I2C backpack : une matrice de leds simple à mettre en œuvre, avec une librairie toute prête et aucun risque électrique.
C’est donc ce dernier qui a donc eu ma préférence.

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Le projet est donc de faire tourner son propre logiciel sur un PC et définir des motifs avec plusieurs couleurs pour pouvoir les enchaîner selon une séquence.

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Mot de la fin

Ce livre a été un moment très intense de recherches, de remises en cause aboutissant à des évolutions personnelles car on se retrouve totalement seul face à ses choix. L’organisation est également très importante car le temps passe terriblement vite : dès qu’un code tourne, il faut ensuite trouver le texte qui va bien pour l’expliquer.

Je me suis même amusé en glissant au long du livre quelques allusions toujours sur le thème des médias avec par exemple :
La famille Adams dans « Down in the cave is a server without a head – headless servers » (Chapitre 1) , les Simpsons « la maison de Springfield » (Chapitre 3), « Presenting the « matrix revolution » (Chapitre 6) et même Games of Thrones dans le chapitre 4 (cherchez bien 😉 ).

Et puis ce qui était sympa c’est d’avoir pas mal de liberté car Packt m’a suivi quand je leur ai proposé une orientation vers le DIY pour les 2 derniers chapitres qui n’étaient pas du tout prévus. J’ai même choisi la couverture.

Mon livre est dispo sur amazon, Packt ou toute bonne crèmerie. N’hésitez pas à participer au code ou me dire ce que vous pensez du livre.

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